Ces douleurs qui nous restent d’une naissance…

Hier, j’ai eu le bonheur de déjeuner avec deux femmes magnifiques. L’une d’elle a vécu un accouchement absolument atroce pour son fils. Vraiment que je crois que ça aurait pu difficilement être pire.

Les actes ont été douloureux et toute l’équipe, inhumaine et irrespectueuse. Elle a été maltraitée dans son corps, dans sa chair et dans son statut d’être humain.

Mais le pire, c’est que lorsqu’elle a fait un courrier pour en parler, ce qu’elle a vécu a été nié. Non, ça ne s’est pas passé comme ça, non vous inventez…

Encore une fois, elle n’a pas été considérée, et sa douleur, toujours très présente, a été jetée aux orties.

Dans ces cas là, comment faire pour accepter son accouchement, pouvoir le digérer, vivre avec et transformer ce moment pour en faire une force? Comment simplement reprendre confiance?

Là en l’occurrence, c’était extrêmement choquant, pour n’importe qui, mais je pense que quasiment toutes les femmes ont quelque chose de douloureux qui peut leur rester d’une naissance, surtout quand cette naissance semble « parfaite » pour notre entourage.

Pour certaines, ce sera une épisiotomie, pour d’autre une péridurale trop dosée, avec l’impression d’être coupée en deux, pour d’autre qu’on aie habillé très vite leur bébé, avec l’impression qu’on leur présente un autre être et pas le petit nu et chaud qui vient de sortir d’elles…

Comment notre entourage, personnel et médical, reçoit ces moments qui restent en nous comme une plaie béante? Nous propose-t-on une écoute, nous sentons nous le droit d’en parler sans casser les pieds aux autres, alors que notre accouchement s’est siiiiiiiiiiiiiiii bien passé ?

Puisque nous allons bien, que notre enfant va bien, de quel droit nous plaignons nous ?? Ça aurait pu être tellement pire…

Alors, on se tait, puisqu’on ne nous donne pas le droit d’avoir mal à notre accouchement. Pas le droit de dire combien on s’est sentie humiliée, infantilisée devant ces gens qui nous disaient qu’on ne savait pas pousser, alors qu’on était nue, jambes ouvertes, offertes à la vue de n’importe qui…

Pas le droit de dire comme on s’est sentie petite fille lorsqu’on nous traitait de douillette… Pas le droit de dire que c’était horrible que cette peri n’a pas fonctionné comme on nous l’avait promis… Pas le droit de dire comme on se sent faible d’avoir accepté la peri…
On ne dit rien… Parfois, on ose pas avoir un autre bébé. Trop peur que ça recommence…

Et un jour, on attend un autre bébé. Et ces douleurs qu’on pensait loin nous sautent au visage… Et on a peur, et on a mal…

Parce que la douleur ne se quantifie pas… On a beau nous dire que ça s’est bien passé, nous, nous avons eu ce moment ou,non, ce n’était pas du bonheur. Et savoir que d’autre ont eu « plus » mal, ça n’y change rien. Car la vraie douleur pour moi, c’est celle que JE ressens, pas celle des autres. Et mon échelle de douleur psychologique et physique n’appartient qu’à moi.

Laissez nous dire ou et quand nous avons souffert. Etre entendues, comprises et acceptées, c’est ce dont les femmes ont besoin. La naissance nous transforme en mère définitivement, c’est un passage initiatique, et garder des cicatrices non refermées, c’est atroce.

Parfois, ça semble sans importance. Et pourtant, ce petit rien, pour CETTE femme, c’est une blessure. Et même dans les accouchements idylliques.

Pour la naissance de Noa, ma douleur, encore béante, ça a été les heures ou on me l’a pris pour le mettre sous lampe à cause d’un minuscule ictère. Il était seul dans cette boite en plexi, avec une alarme déréglée qui sonnait sans arrêt. Et moi je me faisais engueuler par les aides soignantes parce que je venais sans arrêt le voir (comme si j’avais mieux à faire qu’être près de mon bébé).

A présent, Noa et moi avons un problème de séparation. Pourtant, ça n’a duré que quelques heures, on m’a trouvée bien chochotte de faire un tel patacaisse de tout ça. D’autres l’ont très bien vécu, je le conçois. Pas moi.

Pour Tomy, naissance merveilleuse à la maison, ça a été de le laisser quelques instants entre mes jambes (j’ai accouché à 4 pattes), sans personnes qui le prenne ou le touche, car j’avais peur de l’écraser. J’ai eu la sensation de l’abandonner en le laissant ailleurs que dans mes bras juste après sa sortie.

Ça semble n’être rien. Et pourtant, pour moi, ça fait mal. Et quand on me dit que lui ne l’a surement pas mal vécu, que je lui ai offert une naissance en douceur, je ne me sens pas entendue dans ma peine.

Chacune sa douleur, ce qui compte, c’est qu’on laisse les femmes la dire, en acceptant que pour elles, c’est une plaie, une souffrance…







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31 Commentaires sur Ces douleurs qui nous restent d’une naissance…

  1. céline
    9 avril 2008 at 3 h 04 min (10 années il y a)

    je trouve que tu décrit tout à fait la réalité notre réalité à chacune, laissez nous exprimer notre peine notre souffrance ce qui nous touche sans nous juger, et juger les autres…

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  2. Marine
    9 avril 2008 at 5 h 31 min (10 années il y a)

    J’ai été tellement touchée par leur histoire à tous les deux… Chamboulée… Et heureuse de savoir qu’elle t’a rencontrée car elle sait maintenant que, si elle le souhaite, quelqu’un saura entendre leur douleur!

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  3. Mila
    9 avril 2008 at 6 h 27 min (10 années il y a)

    C’est tellement vrai.

    Répondre
    • Claire
      Claire
      9 avril 2008 at 6 h 27 min (10 années il y a)

      Céline c’est ça, chacune notre réalité…

      Marine, je pense que si on ouvre son coeur, nous sommes tous capables d’entendre la peine des autres…

      Mila, merci.

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  4. Marie-Gaëlle
    9 avril 2008 at 8 h 53 min (10 années il y a)

    C’est tellement vrai ce que tu écris là! Je me reconnais également dans ce cas… Mais il y a t’il des femmes pour qui la naissance n’a laissé aucune blessure, qui peut dire « c’etait que du bonheur »? J’ai l’impression que ça laisse trop souvent un goût amer a chacune…

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  5. Nansou
    10 avril 2008 at 8 h 04 min (10 années il y a)

    Comme tu l’exprimes bien, la douleur physique aussi bien que psychologique n’est pas quantifiable et très personnelle… et lors d’un accouchement, lors d’un événement aussi intense et mystérieux, elle semble parfois décuplée ! N’hésites pas à dire ta souffrance, parce que même si tu rencontres des murs, tu finiras toujours par trouver une oreille qui t’entende…

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  6. petitefleurquigambade
    10 avril 2008 at 10 h 38 min (10 années il y a)

    je suis tres emue en te lisant j’ai une grande joie en repensant à la naissance de mon enfant, et en meme temps une honte, un malaise troublant à penser que j’ai prit cette peridurale, que j’ai eut si mal, eut si peur, oh oui ! si peur ! que je n’ai rien senti du passage, que l’on m’a accusée de ne pas savoir pousser ….. bref, ensuite, j’ai la chance de savoir guerir mes plaies, toutefois les felures restent là, et je pense avec une grande emotion à celles qui restent tres marquees entendons nous vraiment, ecoutons nous, et parlons ! j’aime ton ecoute claire, jaime ts mots

    Répondre
    • Claire
      Claire
      10 avril 2008 at 10 h 38 min (10 années il y a)

      Marie Gaelle, je penser que pour justement que çane laisse pas de gout amer, il faut pouvoir exprimer les choses, et qu’on les entende. Mais si déjà on laissait les femmes faire leurs propres choix, sans les forcer, sans les obliger sauf enjeu vital, ça changerait bien des choses.

      Nansou, merci pour tes mots. En fait, moi, mes douleurs, je sais ou les poser. Et meme si ça reste encore douloureux (culpabilité quand tu nous tiens), j’ai la chance d’avoir des espaces de paroles, ce qui n’est malheureusement pas le cas de toutes.

      Petitfleurquigambade, c’est exactement de ça dont je parle. D’avoir mal à son accouchement. Et quand en plus on se fait engueler, c’est le ponpon…

      Je vous embrasse toutes, les amazones, qui avez donné naissance…. C’est vous les femmes, c’est vous qui mettez le monde au monde…

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  7. Moi cest pas pareil!!
    11 avril 2008 at 1 h 25 min (10 années il y a)

    Je ne connais pas encore ces douleurs puisque je ne suis pas encore maman. Mais ça angoisse de voir que les femmes sont, apparemment souvent, mal-traitées alors qu’elles sont complètement dépendantes et en demande d’attention, d’aide voire de protection lors d’un accouchement… ça fait peur…

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  8. kinout
    11 avril 2008 at 7 h 03 min (10 années il y a)

    Quand je repense à la naissance de mon fils, c’est encore les yeux pleins de larmes de joie, mais y’en a toujours une qui roule de tristesse parce que Môssieur le gynéco m’a laché une phrase assassine à un moment très mal venu……….. »mais vous ne poussez pas là Madame, si vous ne faites pas d’effort, on n’y arrivera pas »……………………comment avec plus de 30 ans d’expérience derrière soi on peut encore dire ça à une jeune maman qui met au monde un enfant pour la première fois ?????

    Répondre
    • Claire
      Claire
      11 avril 2008 at 7 h 03 min (10 années il y a)

      Missgege, c’est souvent rare en effet qu’il n’y aie pas meme un tout petit quelque chose qui nous reste de triste…

      Moic’estpaspareil, je te souhaite de ne pas connaitre ces douleurs justement

      Kinout, je trouve ça inadmissible de se faire insulter pendant qu’on accouche… C’est ignoble parfois la maniere dont on nous parle…

      Répondre
  9. Missgege
    11 avril 2008 at 10 h 43 min (10 années il y a)

    C’est toujours tellement fort ce que tu écrit Claire… Tu as un réel don d’empathie, c’est incroyable! Je pense qu’on se reconnait toutes à un de ces moments où les choses ont dérapé, même un peu…

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  10. princessevarda
    13 avril 2008 at 1 h 18 min (10 années il y a)

    Tu sais déjà oh combien ton texte me parle… Merci de l’avoir écrit…

    Répondre
    • Claire
      Claire
      13 avril 2008 at 1 h 18 min (10 années il y a)

      Varda, j’aurais voulu qu’il ne te parle pas ce texte.. Vraiment…

      Répondre
  11. mia
    16 avril 2008 at 5 h 40 min (10 années il y a)

    merci Claire. Marie-Gaëlle se demande si finalement pour ttes les femmes c’est « que du bonheur ». qu’il y a pour bcp un petit « mouais bof, ça ça n’allait pas ». apres l’arrivée de Tao je me disait ouaaa l’accouchement dont je rêvais, tres peu médicalisé. et avec le recul, mon cheminement, je me rends compte qu’il y avait des « ic ». des trucs qui me dérangeait, qui ne me plaisait pas. des éléments qui parraissent anodin et pourtant qui sont devenu pour moi une blessure. et en effet, malheureusement, pour l’entourage….ça s’est si bien passé. merci encore pour ton article. il me fait prendre conscience de tout ça.

    Répondre
    • Claire
      Claire
      16 avril 2008 at 5 h 40 min (10 années il y a)

      Mia, c’est souvent après coup qu’on s’en rend compte. Juste après la naissance, on est dans des émotions si intenses qu’on peut difficillement se pencher sur le vecu de l’accouchement.
      Je pensais moi aussi avoir eu une naissance parfaite pour Noa, mouhahahaha, la debile que je faisais…
      J’espere que tu parviendras à surmonter ces blessures…

      Répondre
  12. petitesuzie
    21 avril 2008 at 12 h 00 min (10 années il y a)

    ton texte sonne juste. Merci de l’avoir écrit, cela fait du bien de le lire.

    Répondre
    • Claire
      Claire
      21 avril 2008 at 12 h 00 min (10 années il y a)

      Petit Suzie, ca parle je crois à beaucoup d’entres nous, malheureusement…

      Répondre
  13. ka fée
    4 mai 2008 at 9 h 33 min (10 années il y a)

    Tu parles si bien de la naissance. Tu es faites pour être Doula. Je me reconnais beaucoup dans ce que tu dis. Pour mon premier accouchement j’ai eu une expérience très traumatisante (césarienne, bébé enlevé de suite, hospitalisation pour ictère). J’ai été si traumatisé que pour ma seconde grossesse j’ai choisis d’accoucher à la maison avec une sage femme. Ca a été merveilleux mais pour moi il me manquais quelque chose. Je n’avais pas encore eu mon accouchement. Et pour mon troisième accouchement j’ai enfin eu le bonheur excompté en accouchant seule, puisque la sage femme n’a pas eu le temps d’arriver. C’est mon plus grand bonheur. C’est pas moi qui va faire marcher ton travail de Doula, désolé ;-))

    Répondre
    • Claire
      Claire
      4 mai 2008 at 9 h 33 min (10 années il y a)

      Ka fée, merci beaucoup pour ton com. Est ce que je suis faite pour etre doula, je ne sais pas. Mais la naissance est quelque chose qui me parle dans ma chair, danc ma vie de femme et de mere… C’est intime, c’est transcendant, c’est vital… C’est ce qui nous distingue des hommes et on nous le vole trop souvent…
      Par contre je trouve magnifique les parents qui ont assez de confiance en eux meme pour vivre une naissance seuls. Et sachant que le but ultime de la doula, ce n’est pas du tout d’assister aux naissances mais de permettre justement à la maman, aux parents de retrouver leurx competences, leru confiance, ça tombe juste 🙂

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  14. Aurore
    22 juin 2008 at 12 h 22 min (9 années il y a)

    Cet article est très bien ecrit, emouvant et tellement juste… Moi aussi je me sens concernée, comme sans doute toutes les femmes, tu as raison. J’ai pourtant eu un accouchement « de rêve » et surtout très rapide : 4 h entre les premières contractions et la venue au monde de ma puce… J’ai été soutenue et encouragée, je n’ai pas eu d’episio etc…pourtant moi aussi je regrette deux-petites-choses : déjà d’avoir demandé la péridurale alors que j’aurais pu m’en passer. Mais surtout le gros bémol : le liquide amniotique était teinté : ma puce avait fait son méconium dedans, signe de souffrance foetale. Ce qui fait qu’il a fallu l’aspirer après sa naissance, et même si ça n’a duré que très peu de temps, je ne l’ai pas eu de suite sur moi et je ne l’ai pas bien vécu. C’ est con mais c’est comme ça.(Si tu veux, le recit est ici : http://sashaetnous.canalblog.com/archives/2007/12/14/7233356.html#comments) Merci d’ avoir touché du doigt quelque chose de si juste avec ton article…

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    • Claire
      Claire
      22 juin 2008 at 12 h 22 min (9 années il y a)

      Aurore, je vais tenter de prendre le temps d’aller lire ton récit… Je trouve très dur qu’on n’ai pas la liberté de dire ce qui nous a marqué négativement dans la naissance, qu’on ne doive etre qu’heureuse, meme si certaines choses, bénignes en apparence, nous restent sur le coeur…

      Répondre
  15. Rozen
    30 janvier 2009 at 12 h 09 min (9 années il y a)

    Tu décris tellement bien les choses, à chaque accouchement sa douleur… Et ne pas être entendue ou meme pire écoutée et la pire des souffrances. Lors de ma 2° grossesse, toutes mes souffrances de mon 1° accouchement sont resorties et je les ai dit à tous, personne n’a eu le choix, impossible de me taire, il fallait que je m’exprime. Résultat : un accouchement avec une sage femme extra qui a bien prix en compte mon passé et mes désirs, m’a écouté et comprise, on a pu réalisé un projet de naissance en duo, ce fut un moment extra, ca m’a un peu réparé mon 1° accouchement meme si pour mon 2° j’ai quand même quelques blessures (mais pas du a la sage femme qui m’a accouché mais à l’équipe précédente). Pour le prochain je rêve d’un AAD.

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    • Claire
      Claire
      30 janvier 2009 at 12 h 09 min (9 années il y a)

      Rozen, je susi heureuse que tu aies pu penser les blessure de cette premiere naissance. Il n’y a pas de raison que pour la prochaine grossesse, tu ne puisses avoir ton AAD. Tu y arriveras,..

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  16. Vanou
    24 avril 2009 at 9 h 18 min (9 années il y a)

    Merci pour ce texte bouleversant …parce que oui,çà m’a bouleversé …merci de me donner l’espoir d’une 3eme accouchement « possiblement » humain grâce à ton témoignage . Finalement ,très sûrement ,j’ai ce qu’il faut en moi pour le vivre pleinement ,dans l’Amour …

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