Le jour ou je suis devenue virale (woman hating inside)

Lorsque l’on est présent sur les réseaux sociaux, qu’on tient un blog, une chaine youtube, on espère toujours faire le buzz, histoire de gagner en popularité. Mais ce buzz là, je ne l’ai ni cherché ni voulu, et je m’en serais bien passée…

En effet, cette semaine, j’ai vécu l’enfer du harcèlement et de la diffamation…

Vous qui me suivez, vous savez que je parle ici essentiellement de mode plussize (des looks, quelques photos pour des marques, quelques défilés), d’estime de soi, de bodyacceptance (acceptation de son corps), de l’autisme de mon fils… Parce que mon but, c’est que chacun se sente à l’aise avec ce qu’il est quelque soit son physique, se sente beau, et bien dans son corps. Montrer et dire que même si on est grosse, on peut se trouver jolie, et que c’est cet état d’esprit qui nous donnera confiance et fera que le reste du monde nous trouve magnifique.

Bref, j’essaie d’être toujours dans le soutien, ici ou dans ma vie privée, car je sais trop ce que c’est que vivre avec des complexes, brimer son corps avec des régimes, et se détester.

Mais cette semaine, j’ai du tout cacher. Comme si ce que je publiais était honteux. Comme si dire aux femmes « vous ètes belles, croyez le et les autres le verrons » était mal. Comme si être dans le soutien féminin était répréhensible.

Je ne dis pas que les hommes ne souffrent pas de complexes, ne souffrent pas de violence. Mais la pression sociétale vis à vis des femmes, de leur physique, fait que ce sont les premières victimes, jusqu’à l’agression, comme expliquer ici.

Reprenons depuis le début… Je travaille en lycée comme surveillante. Ça n’est pas une nouveauté, j’en ai déjà parlé ici, même si c’était un autre établissement. Et mes élèves, bien sur, je les aime. Je les aime tellement que j’ai mis en place, avec mes collègues et la direction, une chasse au trésor ou ils peuvent chaque jour gagner un paquet de bonbons (je suis allée jusqu’à acheter les paquets avec mes deniers perso, débile que je suis… -_- )

Seulement voilà… Comme à priori les élèves préfèrent stalker plutôt que préparer leur bac, ils ont réussi je ne sais comment à trouver mon instagram. J’en avais pas envie, mais peu importe, il est on ne peut plus normal, tout comme mon blog, comme vous le savez.

Et pourtant….

Celui ou ceux qui sont tombés dessus ont screen 3 photos au plus (une ou deux, à mon avis), les ont sorties du contexte, et les ont fait tourner. Pareil pour le blog.

Bien évidemment, personne n’a lu à quoi chaque chose correspondait. Une photo de soutien-gorge pour soutenir le cancer du sein, cancer qui me touche de près, puisque je suis à risque, ma mère l’ayant vécu, et que je suis copropriétaire du sein d’une amie. Une photo de chute de reins, pour illustrer un article sur l’estime de soi et les complexes que l’ont doit arrêter d’avoir sur les fesses

En quelques heures, je suis devenue LE sujet du lycée. Tous les élèves ne parlaient que de ça. Très honnêtement, je ne pensais pas avoir une vie si intéressante pour qu’elle devienne à ce point du domaine public auprès de 1500 élèves…

Mais surtout, je suis devenue prostituée et/ou actrice porno. La vidéo de ma première chronique sexo avec les Girlz Talk Too Much a achevé de les convaincre que je travaillais dans le X. Alors que c’est une vidéo humoristique, pour lancer le débat qui venait ensuite (bien évidemment, ils n’ont regardé aucune autre vidéo, et pourtant il y en a beaucoup…).

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Alors, le fait que je sois pute ou actrice de cul, et surveillante le jour, ça ne les fait pas tilter. Ils pensent surement que je viens gagner un smic au lycée juste pour le plaisir de leur demander de retirer leurs écouteurs dans les couloirs… Oui, parce que si c’était le cas, je gagnerais bien mieux ma vie qu’avec eux, et ils ne m’auraient jamais vue.

Bon. J’avoue, j’ai ri en pensant à tous ces ados qui ont du passer des heures à chercher mes films pornos sur internet. Sans succès bien évidemment, vu que ça n’existe pas.

Je cherche encore comment dans leurs esprits tordus ils ont pu imaginer ces choix de carrière pour moi, à partir de mes réseaux sociaux. Pas un nu, même pas un sein, rien… Cela dit, je n’ai rien ni contre les prostituées, ni contre les actrices pornos, soyons clair. Sachant en plus que le sport national chez les ados est quand même la masturbation sur le net, ils devraient réfléchir à deux fois avant de les traiter de déchets… Mais bon…

Depuis plus de 10 ans que je blogue, jamais personne n’avait seulement émis cette possibilité, ce qui semble normal vu qu’il n’y a rien qui puisse prêter à confusion.

Tout cela pourrait paraître comique si ça n’avait pas pris de telles proportions. Mon lieu de travail est devenu un véritable enfer, tout le monde ne parlait que de ça, je ne compte pas les élèves effarés venant me dire « Claire, c’est dingue, ils ne font que parler sur toi, et faire tourner tes photos, ils disent des horreurs, te traitent de tous les noms », les regards dédaigneux et les allusions qui se voulaient fines. En même temps, si c’était si affreux que ce que je faisais leur brûlait la rétine, pourquoi aller voir (ils auraient explosé mon nombres de vues si je n’avais pas du tout fermer temporairement)

Bien sûr, le courage n’étant pas livré avec les hormones adolescentes, personne n’a osé venir m’insulter de la sorte en face, malgré ce dont certains se sont vantés. Faut pas pousser non plus, c’est plutôt le principe du « tout par derrière » si je puis dire…

Tous mes comportements ont été analysés. Je suis venue en jean le 2e jour de « l’affaire », certes c’est rare mais pas non plus DIIIINGUE, mais ils en ont conclu que c’était parce que les photos étaient sorties la veille et que je n’avais pas voulu me mettre en robe. (le jour ou je m’habille en fonction d’eux, tenez vous prêts, car il pleuvra des billets de 500). Je ne suis pas venue le vendredi, ils pensaient que c’était aussi à cause de ça (bah non, les génies, c’était mon jour de congé)

Bref…

J’ai du me justifier auprès d’élèves, auprès de mes chefs, et fort heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de ceux ci, de mes chers collègues et de nombres de lycéens. Mais la majorité est tout de même restée persuadée que je fais carrière dans le porno (vu la consommation qu’ont les garçons de 16 ans de gonzo, ils seraient surement tombés sur une de mes vidéos si c’était le cas 😀 ).

J’ai aussi du expliquer tout cela à mes fils, au cas ou ça leur arrive aux oreilles. Non pas par peur qu’ils y croient, je suis bien tranquille là dessus, mes enfants ne sont pas lobotomisés, mais pour les prévenir. ET au passage leur inculquer une petite leçon sur le danger de propager des rumeurs et des on-dit.

J’ai supporté les comportements déplacés au lycée, et chez moi, me retrouvant harcelée de demandes d’ajouts (j’ai du temporairement fermer mes réseaux sociaux, ce qui je pense n’a fait qu’attiser la curiosité et la fantasmagorie des ces jeunes), de messages privés, de propositions pas du tout déguisées d’élèves et de potes à eux venant d’autres communes (et au passage, ils ne savent pas ce que NON signifie, faudrait quelques leçons sur le consentements…). Oui, ma toute nouvelle réputation a dépassé les frontières du lycée.

J’ai craint pour mon emploi. J’ai craint pour mes enfants. J’ai craint aussi pour ma sécurité. J’ai arrêté de dormir mais pas de pleurer.

Puis c’est la colère et la tristesse qui ont primé. La colère car je n’ai absolument rien à me reprocher. Qu’ils dénaturent le bien que j’essaie de propager dans ma lutte pour la condition féminine et la réappropriation de son corps. ET que si vraiment ils considèrent qu,’une femme sûre d’elle même, et à l’aise avec son corps est une pute, j’ai peur pour l’avenir de la condition féminine…

Triste aussi parce que moi, je suis une adulte, psychologiquement stable et sûre de soi. Mais je pense au même acharnement sur d’autres adolescents. Comment supporter cette pression et toute la violence qui l’accompagne? Se rendent-ils compte qu’ils peuvent pousser les gens à des extrêmes sans retour possible? Ayant un fils qui a vécu le harcèlement, je ne peux que me sentir encore plus désolée pour ces jeunes qui ne comprennent pas à quel point leur bêtise peut faire du mal.

Alors bien sûr, je sais que d’ici quelques jours, ils seront passés à autre chose. La nouvelle saison de « La villa des cœurs brisés » ou le dernier album de PNL. L’ado est versatile.

Mais malgré tout, je m’inquiète pour eux et pour leur sens de la logique. Si vraiment ils ont pu imaginer de telles choses sur moi, c’est que leur cerveau n’est pas totalement en état de fonctionnement. J’espère qu’ils retrouveront un minimum de bon sens, et surtout qu’ils penseront aux conséquences de leurs actes.

Et je serai toujours présente pour toutes les personnes souhaitant parler de cela, désirant des éclaircissements, ou vivant une situation difficile, ici, ou au lycée. Parce que, en parler, c’est essentiel. (pleurer un bon coup et pratiquer le cri primal aussi, ça détend…)

PS: je précise que le harcèlement et la diffamation sont punis par la loi, ainsi que l’exploitation d’images à des fins détournées. Il me serait tout à fait possible de porter plainte…

Source image: http://cacestdrole.com/





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3 Commentaires sur Le jour ou je suis devenue virale (woman hating inside)

  1. Matoushi
    20 novembre 2016 at 15 h 04 min (8 mois il y a)

    Je suis tellement choquée de ce qui t’arrives. Comme tu le dis si bien, on te reproche tout simplement d’être une femme libre. C’est une honte à notre époque, car on devrait pouvoir faire ce que l’on veut de notre propre corps ! mais non, les gens restent bloqués sur « mère ou putain » pour les femmes. Ça me fait beaucoup de soucis pour ces jeunes qui apparemment ont une éducation très conservatrice sur la question de la femme, en gros une femme doit rester à la maison et se faire discrète sinon c’est une pute. Sommes-nous réellement en 2016 ??
    En tout cas je t’envoie tout mon soutien et des bisous de consolation, tu n’as pas à rougir de ce que tu es : une femme belle, libre, indépendante, toi au moins tu tiens fièrement le flambeaux des femmes qui nous ont précédées et qui se sont battues pour notre liberté.
    Plein de bisous et j’espère que comme tout buzz, cette histoire va finir par se tasser rapidement.

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  2. Nell
    21 novembre 2016 at 11 h 03 min (8 mois il y a)

    Pour avoir été le souffre douleur de mes camarades durant toute mon année de lycée (parce que j’avais une couleur de peau différente, un accent et un tête « d’intello »), je ne peux que compatir à ton malheur.
    Personnellement, je ne veux pas déplacer le débat mais je trouve que c’est une question d’éducation. Beaucoup de valeur primordiale a la vie en société se perdent. Tout maintenant est une question de buzz. Si le sujet ne se prête pas une une « belle couverture » médiatique, ce n’est pas grave, on torpille un peu les faits et on balance tout. Courage ma belle!

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  3. michey
    28 décembre 2016 at 12 h 41 min (7 mois il y a)

    « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait. »…
    Ce n’est pas de moi, mais c’est un peu mon sentiment….
    Vivez comme vous êtes, avec les avantages et inconvénients ! On peux avec des remords, mais il ne faut pas avoir de regret.
    Je vous suis depuis quelques temps, et très sincèrement, vos articles devraient être proposés en étude à ces jeunes « cons » pour qu’ils puissent peut être (je dis bien peut être) s’ouvrir un peu l’esprit….
    …. désolé pour les « gros mots »…mais là…je suis colère en fait…
    Bon courage à vous en espérant que cette histoire ne vous porte pas préjudice.

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