Pour la petite fille trop « ronde » que j’étais…

Être mince, je n’ai jamais su ce que c’était. Très tôt, j’ai été la ronde de service. Pas grosse, mais pas fil de fer comme quasi toutes les petites filles. Donc en fait, si, grosse, puisque plus que les autres. Quand on est plus, on est trop.

Dès la primaire, j’avais des formes. Très vite, mes hanches se sont dessinées. En CE1, je me souviens de camarades qui m’appelaient la baleine. Pourtant, étais-je si baleine? Non, juste plus pleine que les autres. Je n’ai pas connu les jambes très fines, et le corps étroit, merci à la génétique.

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Jamais je ne pourrai oublier en CE2 le calvaire qu’a été le pesage devant toute la classe. Oui, la maîtresse croyait bon de nous faire endurer ça. J’ai cru mourir ce jour là. Et des années après, des copains de classe m’en reparlaient encore dans les couloirs: « Alors Claire tu pèses toujours 49 kg? Ahahahah!! »

Bah non, vous pensez bien que les 49kg, ils étaient loin. Pourtant, j’étais aussi dans les plus grandes, je faisais ma taille définitive à 11 ans. Dès le CM2, je portais des soutien-gorges et j’étais réglé à mon entrée en 6ème.

Déjà physiquement une femme, mais un bébé dans la tête. Mais un bébé sexué. Le regard des hommes était plus appuyé, et en face, les mots méchants bien présent.

A 14 ans, mes parents, légèrement dégoutés, par mon physique m’ont emmenée chez une diététicienne, alors pourtant que je n’étais pas ronde plus que ça. Et là, ça a été le début de la faim  fin… Parce que quand on commence les régimes aussi tôt, on fout en l’air son métabolisme et on s’engage sur la pente du vrai surpoids, du yoyo, de l’engrenage des pertes et prises de poids. Je sais qu’ils voulaient bien faire. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.

L’image de mon père passant devant la salle de bain et s’exclamant « Oh mon Dieu!! » d’une voix dégoutée en me voyant en soutif et jogging ne s’effacera jamais. Lui a probablement oublié parce qu’il ne pensait pas à mal. Mais l’ado que j’étais l’a inscrit dans son cœur.

Alors j’ai alterné les looks informes et les tenues sexy. Se cacher ou se montrer énormément. J’essayais déjà de vivre mes kilos, tout en ne voulant rien montrer.

j’ai eu des périodes ou j’étais quasi mince. Quasi, parce que mon corps ne pourra jamais être vraiment mince, quoi que je fasse. J’ai les hanches larges et la croupe chevaline. Ouais, à moins de me raboter les os, y a rien à faire, je serais toujours gironde. Mais il est vrai qu’en m’affamant régulièrement, j’ai su beaucoup mincir. Sauf que je dois pour ça envisager d’être au régime hyper strict ALL MY LIFE.

Erkkkkk…. Ca veut dire me priver de plein de bonnes choses de la vie, de beaucoup de social, de sorties entre amis, de Montbazillac et surtout, de MOJITOS!!!!! Vous imaginez ça??

Et bah non, j’ai envie de vivre et de ne plus alterner les régimes et les compulsions, impossible a éviter quand on se prive si souvent. J’ai envie de vivre mon corps, d’aimer mes kilos et mes bourrelets, qui me rendent tellement confortables. J’ai envie de ne plus plomber mon moral à coup de diètes hyperprotéinées et de privations.

Alors depuis un bon moment maintenant, je suis heureuse avec mon gros cul. Je cajole la petite fille et l’ado qui ont tellement pleuré dans leur chambre. Je leur dis que ça n’est pas grave si certains trouvent qu’elle est trop grosse, que ses cuisses sont trop épaisses, son dos trop gras, son ventre trop mou… Que peu importe si sa famille la voudrait plus menue.

Elle a le droit de s’aimer comme elle est, en 42, 46 ou même 50 si elle doit faire cette taille. Parce que la beauté est subjective, et que le glamour est une question de bombattitude!

Si je pouvais parler à mon moi de 14 ans, je lui dirais d’emmerder les autres, et de faire comme elle le sent, parce qu’elle vaut mieux que tout ce qu’on lui a dit. Que les insultes des garçons ne sont que des invitations déguisées, et que ceux qui crachent sur son cul voudraient bien se coucher dessus. Que les méchancetés des autres, famille, amis, inconnus ne sont que le reflet de leurs propres complexes.

Et qu’elle a le droit de vivre sa vie avec le sourire, avec ses mini jupes, avec ses décolletés, sans se soucier des autres. Parce que tous ces biens-pensant ne sont rien de plus eux aussi que des enfants qui pleurent.

PS: cet article a été écrit très vite, je n’ai donc aucun recul dessus. Désolée s’il semble écrit avec les pieds…





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13 Commentaires sur Pour la petite fille trop « ronde » que j’étais…

  1. Fabienne
    14 avril 2015 at 21 h 20 min (3 années il y a)

    Tu écris tellement bien…… Une enfance similaire…. encore la différence, elle fait des dégâts la différence…..

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  2. Carine
    15 avril 2015 at 7 h 28 min (3 années il y a)

    Juste Bravo! C’est la tyrannie du « Tu es trop grosse » qui me fait me retrouver pour la 3ème fois chez WW alors que mon corps refuse de maigrir.
    Un jour je m’assumerai! Un jour!

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  3. Alison
    15 avril 2015 at 10 h 09 min (3 années il y a)

    Ton article est vraiment touchant…
    Au primaire j’ai toujours été assez ronde aussi. Forcément j’ai eu les mêmes réflexions que toi.
    J’ai ensuite eu une période ou j’ai beaucoup minci avec l’adolescence, mais l’école supérieur m’a fait reprendre pas mal de kilos. C’est seulement maintenant que je tente d’assumer (d’où le fait aussi que je commence le défi French Curves cette année).
    En tout cas ton article est très beau, même avec les kilos en trop 🙂

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  4. Domy
    15 avril 2015 at 17 h 45 min (3 années il y a)

    Merci !
    En lisant ton histoire j’ai eu l’impression de lire la mienne !
    Bouboule dès l’enfance et l’engrenage des régimes à partir de 15 ans!!
    Maintenant comme toi j’essaie de m’assumer comme je suis et c’est pas facile tous les jours…

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  5. B
    15 avril 2015 at 19 h 25 min (3 années il y a)

    Ton article est touchant. Vraiment.
    C’est dur de devoir toujours avoir envie de se conformer à ce qu’on attend de soi, et jsuis heureuse que tu t’en sois sortie !
    Moi c’est pas encore le cas … un jour j’espère.

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  6. artemisia
    4 mai 2015 at 21 h 36 min (3 années il y a)

    Histoire semblable pour moi, mais avec la chance ou la malchance d’être la meilleur de la classe.
    Et surtout des rêves pleins la tête ,les voyages et l’art, une vie d’artiste.
    Depuis le lycée; les filles qui se moquaient de moi sont devenues plus grosses mais surtout plus négligées.

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  7. AngyScarlett
    21 janvier 2016 at 22 h 05 min (2 années il y a)

    J’ai eu le droit à beaucoup de critiques…. Le poids en était une parmi tant d’autres. Elle m’a d’autant plus touchée parce qu’un de mes parents ne me le répétait sans cesse. Mais cela m’a rappelé pourquoi j’avais décidé inconsciemment de porter tout ce poids. Aujourd’hui je m’aime et je m’accepte comme je suis, avec mes formes, qu’elles s’affinent ou non

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