Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes: un peu de moi

Aujourd’hui, 25 novembre, comme tous les 25 novembre, c’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

A cette occasion, laissez-moi vous raconter une petite histoire.

J’ai 21 ans. Je travaille un peu tard sur Paris, dans une messagerie, et je finis à 22h au Trocadéro.

Pour rentrer chez mes parents, dans le 77, je dois donc prendre le métro puis le train. Je n’ai pas peur, j’ai l’habitude de le faire tous les soirs, j’échange une cigarette avec les hommes qui font le tapin dans le parc à côté de là ou je bosse.

A gare de l’Est, mon train arrive rapidement. Parfois, je discute avec un cuisinier qui le prend régulièrement en même temps que moi. Parfois avec le conducteur qui me fait monter avec lui. Mais je déteste être avec lui, car j’ai peur en voyant la route de si près.

Je regarde un peu qui est sur le quai avant de monter dans mon wagon.

Ce soir-là, je suis en mode ourse, habillée comme un sac avec un leggins noir qui se voit à peine sous mon immense manteau gris informe. On dirait que je porte ma couette, mais faut dire qu’il ne fait pas chaud.

J’arrive enfin à ma gare. On est plusieurs à descendre. Je vois qu’un jeune homme qui déjà me lançait des regards à Paris descend aussi. Ça ne me surprend pas, le train se vide pas mal en général à cet arrêt.

Il n’y a plus de bus à cette heure, donc soit je rentre à pied et j’en ai pour 30mn, soit je fais du stop.

Je marche dans la pénombre, la rue est à peine éclairée. Je chante Ziggy, de Starmania, ça me trotte dans la tête. J’adore me promener la nuit, j’ai l’impression que le monde m’appartient.

Le jeune homme du train est devant, je vois qu’il s’arrête et il me semble qu’il y a un truc qui cloche dans sa posture. En m’approchant, toujours en chantonnant, je me rends compte que ce qui me paraissait bizarre à l’œil, c’est que son pantalon est baissé. C’est sa ceinture aux genoux qui dénotait.

Des trucs un peu space, j’en ai déjà vu, ça ne m’effraie pas plus que ça. Bon, je vois qu’il est quand même en train de se tirer sur la nouille, donc je me presse un peu.

Il commence à vouloir me parler. Je souris et je lui dis que je ne suis pas intéressée. Et je poursuis ma route, toujours en chantant Ziggy. Une voiture passe, je lui fais signe assez prestement, parce que quand même, je commence à être un peu inquiète. Elle accélère. Je vois que c’est une femme, et à ce moment-là, je la déteste. Comment peut-elle ne pas m’aider ?

D’un coup, j’entends derrière moi comme une cavalcade, et je n’ai pas le temps de réagir que je suis projetée contre le portail en fer de la maison derrière moi.

Il m’a lancée si fort que j’ai la tête qui résonne.

« C’est juste pour ça, c’est juste pour ça »

Mais juste pour ça, ça veut dire quoi ? Qu’il veut juste se masturber sur moi ? Sans que je ne sois rien d’autre qu’un sextoy, sans que je puisse donner mon avis ?

Malgré la trouille, je tente de rester impassible.

« Tu cherches à me faire peur ou quoi ? «

Et il me répète que c’est juste pour ça. Il essaie de m’embrasser, je sens son corps qui s’appuie contre le mien, son souffle et son haleine qui me claquent au visage comme une gifle.

Je tourne la tête, j’essaie d’appeler mais il me met la main sur la bouche. C’est dur de respirer.

Je me dis que je vais mourir.

J’entends une voiture qui s’approche. J’arrive miraculeusement à lui faire un signe, et pour me punir, il me met un coup de poing dans la tête. Ma pommette sera en feu pendant plusieurs jours et j’aurai un beau cocard de boxer pendant un moment.

Mais le conducteur s’arrête et me hèle en me demandant si tout va bien. Le jeune homme me relâche, il abandonne. Mais il m’embrasse avant, comme pour me dire au-revoir, comme si nous avions partagé un moment privilégié. Je crois que c’est ce baiser qui m’a le plus choquée.

Je me jette dans la voiture de cet homme qui démarre vite. Je ne sais pas ou il va, si c’est ma soirée, c’est surement un tueur psychopathe. Je le remercie, il me dit que contre les agressions, il a toujours « ça » en me montrant un couteau. Ok, c’est donc bien un tueur psychopathe, et ce soir n’est pas mon soir.

A défaut de me tuer, il me demande ou me conduire.

« Au commissariat ? »

Mais non, je veux rentrer chez mes parents, je veux prendre une douche, je veux me blottir dans mon lit.

Alors, je rentre. Comme une lâche. Je ne dis rien à mes parents, je me cache dans ma chambre. Aujourd’hui encore, il m’est impossible de me souvenir si un jour je leur ai raconté.

Pendant des jours, j’ai regardé le sol en marchant. Pendant des jours, j’ai sursauté dès qu’on s’approchait de moi (dans Paris, c’est quand même un souci, et ça fait beaucoup de sursaut).

Je n’ai jamais porté plainte. J’ai laissé à cet homme le pouvoir, celui de recommencer avec une autre, de recommencer peut être en pire.

Je n’étais pas habillée sexy, oh que non, c’était même plutôt l’inverse. Mais comme je suis une femme, on a le droit de se servir de moi comme on le souhaite.

Je ne chante plus dans la rue. Je n’aime plus me promener le soir. Le monde ne m’appartient plus la nuit.

J’ai honte en repensant à cette soirée. Honte de n’avoir rien fait pour protéger les autres femmes contre lui. Honte d’avoir été faible.

Tout comme, quelques années plus tard, j’ai honte d’avoir laissé revenir un homme que j’aimais et qui avait tenté de me tuer en me mettant un sac sur la tête.

Contre_violence_femmes

J’ai honte, mais je le dis, parce que j’espère que si un jour, un homme essaie à nouveau de me violenter, de me faire du mal, j’aurai assez de cran pour me dresser et faire ce qui est juste pour les autres femmes : porter plainte, empêcher ces brutes de nuire. Ou en tout cas, essayer.

Parce qu’ici ou dans le monde, les femmes ne doivent jamais être réduites à l’état d’objet, de viande.

Encore aujourd’hui :

  • 35% des femmes et filles sont exposées à une forme de violence physique et/ou sexuelle au cours leur vie et 7 femmes sur 10 sont victimes d’abus dans certains pays.
  • On estime que plus de 30 millions de filles âgées de moins de 15 ans risquent de subir des mutilations génitales féminines et que plus 130 millions dans le monde en ont été victimes.
  • Dans le monde, plus de 700 millions de femmes aujourd’hui mariées l’ont été enfant, dont 250 millions avant l’âge de 15 ans. Les filles qui se marient avant l’âge de 18 ans ont moins de chances de finir leur scolarité et sont plus exposées à la violence domestique et aux complications liées à la grossesse.
  • Les coûts et conséquences dus à la violence à l’égard des femmes se font sentir sur plusieurs générations.

Source : http://www.un.org/fr/events/endviolenceday/





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6 Commentaires sur Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes: un peu de moi

  1. Jordane
    25 novembre 2014 at 22 h 53 min (2 années il y a)

    Bonsoir ma belle,
    merci pour ton témoignage. Souvent quand on est jeune (et insouciant) on pense que peu importe la situation on sera capable de se défendre, en criant, en tapant ou je ne sais quelles autres idées. Malheureusement c’est rarement le cas, on est plus susceptible de se retrouver paralysée que de faire la maline devant un pervers ou un agresseur comme celui là.
    l’important même si tu as honte de ne pas avoir porter plainte, c’est d’avoir le courage d’en parler maintenant pour éventuellement pousser d’autres femmes, filles (ou hommes, garçons) qui aurait subit une agression à en parler et déposer plainte.

    Je t’embraaaaasse <3

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    • Claire
      Claire
      26 novembre 2014 at 16 h 57 min (2 années il y a)

      Merci pour tes mots, Jordane. Je dois dire que je sais au plus profond de moi que si cet homme a agressé d’autres femmes après moi, d’autres femmes qui peut être ont eu moins de « chance » que moi, c’est aussi en partie ma faute. Et ça, c’est très difficile. Je n’y pense pas tous les jours, loin de là, mais depuis hier, cette pensée à du mal à me quitter…
      Gros bisous ma belle

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      • Foufisme
        28 septembre 2015 at 19 h 17 min (1 année il y a)

        Bonsoir,
        Tu dis que certaines n’auront pas eu de chance d’être tombées sur ce malade mais déculpabilise car peut être que certaine qui sont tombées dessus en ont parlées aussi. Pour ma part j’ai subis une agression par un ami de mon père quand j’avais 14 ans et j’en ai parlé à mes parents, mais j’avais peur surtout de la réaction de mon papa. Maintenant ce que tu as posté et très encourageant pour celles qui n’osent pas en parler donc bravo à toi ;*

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  2. Anais Pénélope
    26 novembre 2014 at 10 h 06 min (2 années il y a)

    Wow … Je n’ai tout simplement pas de mots après avoir lu tes lignes Claire … Je suis choquée de ce témoignage si poignant qui en aidera plus d’une, tu as été très courageuse quand je vois la femme que tu es devenu aujourd’hui … Tu n’as pas avoir honte, tu étais jeune et on a brisé ton insouciance … Je t’embrasse ma Claire <3

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  3. Vanouelicious
    26 novembre 2014 at 16 h 49 min (2 années il y a)

    wow. Comme Anaïs je n’ai pas de mots.

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